Brèves Mars 2026

Chères et chers Membres et Amis,

 

Moyen Orient

Dévastateur à plus d’un titre dans cette région, le mois de mars voit notre mouvement souffrir du décès de notre cher camarade Juergen, responsable de notre petite équipe permanente dans le Golfe, active depuis 2008 avec Vivere à secourir des victimes du trafic d’êtres humains. Juergen a été emporté par un crise cardiaque le 13 mars. Son investissement dans le travail était tel qu’à maintes reprises au fil des ans il frôlait l’épuisement. Puis il reprenait ses forces et replongeait vaillamment dans les tourbillons d’un travail difficile, tant physiquement que mentalement. Quelques jours avant de décéder il nous disait qu’en circulant en voiture il ressentait comme une loterie d’être atteint ou non par les drones. Sa disparition, ajoutée au chaos que l’état de guerre inflige à plusieurs pays de la région, fragilise considérablement tout notre dispositif local de secours.

Non à la guerre !

À Vivere nous ne pouvons que réprouver le recours aux armes pour traiter un différend entre régimes au pouvoir.

Nos Brèves du 15 février campaient notre position vis-à-vis de Washington, (‘‘L’administration Trump conduit vers une ère de reculs et de dangers pour les droits humains’’).

À plusieurs reprises par le passé nous avons alerté sur l’intolérable répression exercée par le pouvoir iranien contre son propre peuple.

Mais il ne suffit bien sûr pas de renvoyer dos à dos les belligérants d’aujourd’hui puis de se détourner du drame qu’ils attisent. Nous avons trouvé dans la prise de position du premier ministre espagnol Pedro Sánchez  une analyse et une contenance non seulement justes mais aussi exemplaires. Et courageuses : c’est le seul leader européen qui se soit dressé dès le 4 mars pour dire  clairement ‘‘non à la guerre’’, répondant au président américain qui reprochait à l’Espagne son refus de laisser Washington utiliser des bases militaires en Espagne pour frapper l’Iran.

Quelques extraits de l’intervention de Pedro Sánchez :

              « … Personne ne sait avec certitude ce qui va se passer maintenant. Même les objectifs de ceux qui ont lancé la première attaque ne sont pas clairs.

              … Le monde, l’Europe et l’Espagne ont déjà connu cela auparavant. Il y a 23 ans, une autre administration américaine nous a entraînés dans une guerre au Moyen-Orient. Une guerre qui, en théorie, était censée éliminer les armes de destruction massive de Saddam Hussein, instaurer la démocratie et garantir la sécurité mondiale, mais qui, en réalité, vue avec le recul, a produit l’effet inverse. Elle a déclenché la plus grande vague d’insécurité que notre continent ait connue depuis la chute du mur de Berlin.

              … La guerre en Irak a entraîné une augmentation drastique du terrorisme djihadiste, une grave crise migratoire en Méditerranée orientale et une hausse généralisée des prix de l’énergie et, par conséquent, du panier de la ménagère et du coût de la vie. Un monde plus dangereux et une vie moins bonne.

              … Et il est absolument inacceptable que les dirigeants qui sont incapables de remplir cette mission utilisent la fumée de la guerre pour masquer leur échec et, au passage, remplir les poches d’une poignée de personnes, les mêmes que d’habitude. Les seuls qui gagnent lorsque le monde cesse de construire des hôpitaux pour construire des missiles.

              … Et nous allons continuer à œuvrer pour parvenir à une paix juste et durable en Ukraine et en Palestine, deux endroits qui méritent de ne pas être oubliés.

              … Je l’ai dit à maintes reprises et je le répète aujourd’hui, on ne peut pas répondre à une illégalité par une autre, car c’est ainsi que commencent les grandes catastrophes de l’humanité.

              … La question n’est pas de savoir si nous sommes ou non en faveur des ayatollahs. Personne ne l’est. »

 

Syrie

 

« Plus d’un an après la chute du régime de Bachar al-Assad, la communauté internationale doit aider les Syriens à se relever de décennies d’anarchie et à mener à bien une transition fragile, ont plaidé vendredi des enquêteurs de l’ONU. (13.03.2026 ONU INFO)

Les survivants syriens et les communautés touchées méritent justice, réparation et garanties de non-répétition », a déclaré la Commissaire Fionnuala Ní Aoláin.

En mars dernier, les forces armées gouvernementales — agissant de concert avec des particuliers — ont tué plus de 1 400 personnes, en majorité des civils alaouites, dans les gouvernorats de Lattaquié, Tartous, Homs et Hama. https://news.un.org/fr/story/2026/03/1158555 »

Pendant le mois de février, nos amis signalent une nouvelle fois que deux pères de famille, précédemment fonctionnaires, ont été renvoyés à cause de leur appartenance à la communauté alaouite.

En février 13 nouveaux bébés sont venus s’ajouter à ceux précédemment pris en charge, ce qui constitue un total de 45 nourrissons recevant un complément nutritionnel.  Parmi les nouveaux venus, 8 familles sous-louent des maisonnettes et une est accueillie par la famille élargie ; 5 familles sont arrivées d’autres coins du pays.

Depuis le début de notre action en Syrie en 2014, 2’039 nourrissons ont été accompagnés, dont 218 en 2025.

 

Crimes de guerre en Ukraine

Notre avocat et grand ami Gennady relate : 

« Nous avons une nouvelle affaire pénale concernant le viol et la torture d’une jeune femme, Irina, dans une prison où l’on pratique la torture, par deux soldats russes.

Laissez-moi vous raconter son histoire. Le 16 août 2022, Irina, 46 ans, a été arrêtée par des soldats russes près de son domicile dans la ville occupée d’Izyum, soupçonnée de collaborer avec l’armée ukrainienne. Son domicile a été fouillé, un sac a été placé sur sa tête, scellé avec du ruban adhésif, et elle a été emmenée à la prison d’Izyum, où elle a été torturée. Pendant cinq jours, elle a été soumise à des décharges électriques : des électrodes ont été fixées à ses chevilles et elle a été battue. Son corps tout entier était meurtri et ses chevilles ont été gravement brûlées par les décharges.

Pendant les cinq premiers jours, elle n’a reçu ni nourriture ni eau. Elle a ensuite été transférée dans une autre prison. Là, deux soldats l’ont violée pendant une semaine, deux ou trois fois par jour. Au bout d’une semaine, elle a commencé à saigner.

Pendant ce temps, l’armée ukrainienne approchait déjà de la ville. Irina et un autre homme, qui était détenu dans un bâtiment voisin, ont été emmenés hors de la ville dans un camion et conduits vers une destination inconnue, dont elle a compris plus tard qu’il s’agissait d’un lieu d’exécution. Dans un champ, elle a été ligotée et laissée allongée dans l’herbe avec l’ordre de ne pas bouger. La voiture transportant l’homme est passée devant elle et elle a entendu des coups de feu. Elle a compris que l’homme avait été abattu et qu’elle serait la prochaine. Irina s’est enfuie, puis a rampé dans le champ, dans l’herbe épaisse. La voiture est revenue et ils ont commencé à la chercher, mais à ce moment-là les bombardements de l’armée ukrainienne ont commencé, et la voiture est partie. Puis l’armée ukrainienne est entrée dans la ville, et elle est immédiatement partie pour la Pologne avec sa fille. Elle vit et travaille en Pologne depuis lors et n’a pas cherché d’aide psychologique. Sans l’aide d’un psychologue en Pologne, elle aurait fait une dépression nerveuse. Cela lui a fait comprendre qu’elle devait rentrer en Ukraine. Elle est arrivée et a été placée dans un centre de réadaptation. Elle bénéficie désormais de l’aide d’un psychologue et de médecins.

Le parquet demande ma participation à l’affaire, et Irina m’a elle-même demandé d’être son avocat ; elle a entendu parler de mon travail par d’autres victimes. Je commence à être populaire… »

La Russie a déporté des milliers d’enfants et d’adolescents ukrainiens depuis le début de son offensive en février 2022. Retrouver leur trace est un parcours semé d’embûches. Seule une minorité sont retournés chez eux après avoir été kidnappés et endoctrinés. Témoignages sur RTS.chhttps://www.rts.ch/info/monde/2026/article/la-russie-deporte-et-endoctrine-des-milliers-d-enfants-ukrainiens-29158673.html

 

 

 

Secours aux réfugiés Ukrainiens

Monténégro :

De septembre à décembre dernier  soixante-quatre personnes (25 adultes et 39 enfants) ont reçu une aide alimentaire. Provenance : Dnepro, Kharkiv, Odessa, Marianka, Kramatorsk, Nikolaïev, Zaprozhye, Krivoy Rog, Irpen, Sumi, Marioupol, Kyiv, et Kherson.

Coût moyen par personne : CHF 13,75 (€ 14,77).

 

Pologne :

En octobre 2025 quatre-vingt dix huit personnes (30 femmes et 68 enfants) ont reçu de la nourriture, des vêtements, des produits d’hygiène et des médicaments. Provenance : Odesa, Kharkiv,  Kyiv, Rivne, Kherson, Sumi, Chernihiv, Irpen, Ternopil, Donetsk.

Coût moyen : CHF 6,18 (€ 6,75).

 

Région de Kharkiv pour les déplacés à l’Est du pays :

Les dépenses pour la période récente, trois mois, se sont élevées à 35’011 hryvnias pour 45 personnes, soit en moyenne CHF 14,04 par personne (€ 15,37).

 

Pakistan : protection des personnes trans avec notre partenaire l’association Khawajasira Panahgah (KPG)

La Journée du souvenir trans, déclinaison française du Transgender Day of Remembrance, a lieu le 20 novembre dans le monde entier, pour commémorer les personnes trans mortes de la transphobie, c’est-à-dire la haine des personnes trans, et pour attirer l’attention sur les violences subies par les communautés trans. Notre partenaire a organisé dans la sobriété la célébration de cet événement.

 

 

Vivere a renouvelé cette année son soutien à cette vaillante équipe avec une subvention de CHF 2’830 (€ 3’098), permettant notamment au KPG d’élargir les locaux de l’abri. Sonia nous écrit : Grâce à un refuge plus spacieux, oui, nous prévoyons d’augmenter le nombre de bénéficiaires hébergés, car les besoins ne cessent de croître. Grâce, à votre soutien et à nos efforts sincères, deux nouveaux membres transgenres âgés ont déjà rejoint notre refuge. Ils méritent vraiment ce soutien, car ils étaient sans abri et sans défense, sans aucun autre endroit sûr où aller.

De plus, lorsque des personnes transgenres venant de l’extérieur de la ville se rendent à L… pour des raisons personnelles, médicales ou juridiques urgentes, nous sommes souvent confrontés à un manque de place. Malgré cela, nous faisons de notre mieux pour les accueillir, car elles n’ont généralement pas les moyens de payer un hôtel ou de se nourrir. Nous leur fournissons donc un hébergement et des repas gratuits pendant leur séjour. »

 

Prochaine Assemblée générale de Vivere

 

 

Pour illustrer la sorte d’épreuves subies par les victimes voici la narration d’un cas par notre équipe permanente dans le Golfe qui en secourt une quinzaine chaque mois. Traduction :

« Deux jeunes filles égyptiennes ont été envoyées par leurs parents dans le Golfe pour soutenir la famille dans la banlieue du Caire en y transférant une partie de leur salaire. La personne de contact dans le Golfe était un membre de la famille nommé Mohammed.  Il a finalement agi en tant qu’exploiteur et a forcé les jeunes femmes à l’esclavage sexuel. Au début, elles devaient travailler dans son appartement de J…  une fois par jour. Ensuite, il a loué une villa à Al….  Mohammed avait compris que le ‘‘travail’’ des jeunes femmes était comme une mine d’or : il les a forcées à besogner avec davantage de clients chaque jour –  jusqu’à douze (!!!). Chaque jour il réalisait un bénéfice d’environ  $1’290 (CHF 990), alors que les jeunes filles ne touchaient quasiment rien. Mohammed envoyait une fois par mois seulement l’équivalant de $ 650 (CHF 500) à la famille égyptienne. A la fin du mois de mai, Mohammed a amené un client Saoudien qui lui demandait deux jeunes filles, prêt à payer une somme énorme. Le lendemain matin, alors que le Saoudien tentait de quitter la villa sans rien payer, les deux hommes se sont battus à grand bruit. Un voisin a appelé la police qui est arrivée rapidement. Les deux hommes et les jeunes femmes ont tous été arrêtés.  Les femmes ont été placées en détention au poste de police d’Al…, les hommes à la prison centrale. Comme les femmes n’étaient pas impliquées dans la bagarre mais avaient dépassé la durée de validité de leur visa, les services d’immigration ont décidé de les expulser du pays, tandis que les hommes feraient l’objet d’une enquête plus approfondie. Selon les rumeurs, le Saoudien avait dans son portable un millier de photos et de vidéos liées à la maltraitance d’enfants. Au cours de l’enquête, les deux jeunes filles ont déclaré aux agents de la criminelle qu’elles étaient physiquement contraintes d’avoir des relations sexuelles avec des inconnus. Elles n’ont pas, bien a tort, été classées comme victimes de la traite d’êtres humains. Il faut noter que les deux filles n’avaient sur elles pas d’argent du tout ! C’est pourquoi une policière du commissariat nous a demandé de venir les aider. »

 

Avec nos chaleureuses salutations,
Le comité de Vivere