Chères et chers Membres et Amis,
Tout en vous souhaitant la meilleure période estivale possible nous vous présentons ces quelques nouvelles du travail qui se poursuit sans interruption ni pause.
1° Syrie
Le complément nutritionnel apporté aux nouveau-nés des familles parmi les plus éprouvées est assuré régulièrement pour un total de 45 bébés, à raison de 6 mois d’aide chacun. Au cours du premier semestre de cette année, le tour de rôle fait que 103 nouveaux enfants ont accédé à cette prestation tandis que 167 étaient déjà dans le cycle, soit un total de 270 enfants accompagnés. Le taux de change de la livre syrienne fluctue très sensiblement d’un mois à l’autre mais en moyenne jusqu’ici la dépense mensuelle totale de cette action voisine les CHF 860 (€ 924).
Parmi les nouveaux arrivants de juin :

2° Ukraine
En mission sur place du 15 au 28 juin (Zhytomyr, Kyiv, Kharkiv), voici quelques extraits du carnet de Mike.
Général :
- Pour ou contre le gouvernement : en général ceux qui ont perdu un fils, un mari ou un parent à la guerre sont critiques du gouvernement ; de même ceux dont un parent a été incorporé de force à l’armée, ainsi que ceux dont le logement a été détruit par les bombardements. Parmi ces mécontents, certains dénoncent un régime qui tourne à la dictature, similaire à celle de Poutine. Ceux qui n’ont rien subi de telles pertes ou de tels dommages sont généralement favorables au gouvernement et estiment que Zelensky assure son travail. Au total, selon les contacts que j’ai eus, la population semble divisée en deux groupes aux avis opposés.
- Les gens sont fa-ti-gués de l’état de guerre, désabusés vis-à-vis de l’avenir. Les sourires se font rares, les éclats de rire encore davantage.
- Le recrutement forcé et souvent brutal des jeunes gens, à partir de 23 ans d’âge, est réputé comme gravement entaché de corruption : moyennant quelques milliers de dollars on peut être dispensé voire même désincorporé. Ce phénomène est largement décrié parmi les citoyens.
- L’aide humanitaire internationale se concentre presque exclusivement sur les oblasts proches de la ligne de front. Les ONGs ukrainiennes travaillant plus à l’ouest du pays crient à l’injustice, ne se voyant attribuer quasiment plus du tout de ressources venant des pays ‘riches’.
Région de Kharkiv :
- Avant le ‘full scale invasion’ (terme utilisé ici pour désigner la seconde guerre déclenchée par la Russie en février 2022), la ville comptait 1,5 M d’habitants ; c’était un vrai centre névralgique de l’Est de l’Ukraine avec d’importantes activités tant industrielles que commerciales. Au quotidien la ville vrombissait de mouvement et de trafic, tant routier, piétonnier que ferroviaire. Aujourd’hui, il y a à peine un dixième de ces mouvements. Un grand nombre d’usines et de magasins ont fermé. On estime qu’environ 600’000 Kharkiviens ont quitté la ville. Parallèlement, environ 700’000 déplacés (réfugiés de l’intérieur), venant principalement des régions occupées par les troupes Russes & assimilées, sont venus s’abriter ici. Mais ces déplacés restent majoritairement sans occupation économique, dépourvus de presque tout, dépendant énormément de l’aide d’urgence.
- A Kharkiv j’ai appris, entre autres, comment différencier le type de munition tombant du ciel : si c’est un bruit lent de tondeuse à gazon alors c’est un drone en approche, t’as le temps de te planquer. Mais si le bruit n’est qu’un furtif ‘hhhssshhh’ alors c’est un missile et il ne te reste même pas le temps d’un ouf.


Persistance et même aggravation du trafic d’êtres humains :
Notre partenaire à Zhytomyr, l’association ‘Avenir’, poursuit inlassablement et malgré l’état de guerre son travail de prévention du trafic avec l’appui de Vivere. Voici des extraits du constat posé par nos amis à la mi-année.
En temps de guerre, les mesures préventives contre la traite des êtres humains revêtent une importance particulière, car les conflits armés accroissent considérablement la vulnérabilité de la population.
Les principales raisons sont les suivantes :
1. Les déplacements massifs de populations. Les réfugiés et les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays sont souvent contraints de quitter leur foyer précipitamment, sans informations, sans argent ni soutien suffisants. Les trafiquants tirent parti de cette situation.
2. Difficultés économiques : la perte d’emploi, de logement et de revenus oblige les personnes à accepter des offres d’emploi ou d’aide douteuses, ce qui peut conduire à l’exploitation par le travail ou à l’exploitation sexuelle.
3. Séparation familiale : les enfants voyageant non accompagnés ou séparés de leurs parents, les femmes, les personnes âgées et les personnes en situation de handicap courent un risque accru d’être victimes d’exploitation.
4. Activation des réseaux criminels. En temps de guerre, le contrôle exercé par les autorités publiques peut s’affaiblir, ce qui crée des conditions favorables aux activités des groupes criminels organisés.
5. Risques croissants en ligne. Le recrutement s’effectue de plus en plus via les réseaux sociaux, la messagerie instantanée et les sites d’emploi, sous le prétexte d’emplois sûrs, d’un logement ou d’une aide humanitaire.
6. Manque de sensibilisation : les personnes en situation de crise peuvent ne pas savoir comment vérifier la fiabilité des employeurs, des transporteurs ou des organisations proposant une aide.
C’est pourquoi les mesures préventives devraient inclure :
– l’information de la population sur les risques et les méthodes permettant de migrer en toute sécurité ;
– une formation permettant de reconnaître les signes de la traite des êtres humains ;
– la diffusion des coordonnées des services d’aide fiable ;
– un soutien aux communautés et aux groupes les plus vulnérables ;
– une coordination entre les organismes publics, les organisations de la société civile et les partenaires internationaux.
L’ampleur du problème de la traite des êtres humains dans le contexte de la guerre en Ukraine a considérablement accru les risques liés à ce phénomène, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger. La perte de leur logement, de leur emploi, de leurs proches et de leur stabilité a plongé de nombreuses personnes dans des conditions de vie difficiles. Cela les rend plus vulnérables à la tromperie et à l’exploitation. C’est dans de telles circonstances que les criminels qui profitent du malheur d’autrui redoublent d’activité. Qui est le plus exposé ? Les personnes suivantes sont le plus souvent en danger :
• les mères célibataires qui tentent de subvenir aux besoins de leurs enfants ;
• les femmes qui ont perdu leur mari et se retrouvent sans soutien ;
• les femmes fuyant la violence conjugale ;
• les personnes déplacées qui ont perdu leur logement et leur vie habituelle ;
• les jeunes filles et les adolescentes.
Comment cela se produit-il ?
En temps de guerre, la traite des êtres humains se dissimule souvent sous la forme :
• d’un « travail lucratif » à l’étranger sans enregistrement officiel ;
• de promesses de logement gratuit ou d’aide ;
• de contacts et d’offres via les réseaux sociaux ;
• d’une aide proposée par des organisations suspectes.
Les personnes en situation de stress et cherchant une issue à une situation difficile sont plus enclines à faire confiance à de telles propositions
Que peut-on faire ?
L’aide apportée par certaines organisations, comme la nôtre, joue un rôle majeur. Celle-ci peut notamment :
• donner des conseils pour voyager en toute sécurité à l’étranger ;
• apporter un soutien psychologique ;
• diffuser des informations vérifiées sur le travail et les risques.
Au cours de la période considérée, dans le cadre de la mise en œuvre du projet « Step to Safety », qui vise à lutter contre la traite des êtres humains et à la prévenir, 19 actions de prévention ont été organisées et menées avec succès, rassemblant au total 350 participants issus de la région de Zhytomyr.

Assistance aux réfugiés ukrainiens au Montenegro :
De février à avril 2026, 74 personnes (31 adultes et 43 enfants) en provenance de Kramatorsk, Kharkiv, Odessa, Zaporijia, Dnipro, Donetsk, Nikolaïev, Zaporijia, Marioupol, Kiev, et Kherson, ont reçu une aide alimentaire. Nous y soutenons aussi des réfugiés russes opposés à la guerre du Kremlin. Voici quelques témoignages :
- En ce moment, toute notre famille se trouve à Bar. Papa a 67 ans et souffre d’un handicap suite à une opération cardiaque. Maman a 65 ans et grand-maman a 87 ans. Ils sont tous à la retraite. Moi et mes deux garçons, âgés de 5 et 11 ans. Nous avons quitté Kharkiv après que notre maison a été bombardée. Un éclat d’obus a fait voler la fenêtre en éclats. Plus de lumière, plus de chauffage : nous avons dû partir. C’était le 3 mars 2022. Nous avons vraiment besoin d’aide alimentaire pour nous en sortir.
- Nous sommes deux : ma mère et moi ! Nous avons fui la guerre quand une bombe a touché l’immeuble voisin du nôtre à Kramatorsk, et qu’un incendie s’est déclaré ! Nous avons quitté notre maison pour aller chez des amis dans un autre quartier, mais la situation est devenue dangereuse là-bas aussi après seulement un jour ! Nous avons dû quitter la ville immédiatement ! Merci beaucoup pour votre aide ; cela compte énormément pour nous en ce moment.
- Je vis à Bar avec mes deux enfants depuis trois ans ; nous avons quitté la Russie à cause de la guerre. Le problème, c’est que je dois élever mes enfants toute seule, et l’un d’eux est autiste. C’est difficile de trouver du travail, et j’ai actuellement des difficultés financières. Je vous supplie de m’aider — je n’y arrive pas toute seule.
- Nous venons de Kramatorsk (Donbass). Nous avons fui la guerre et sommes arrivés à Bar en mars 2022. Notre famille se compose de moi, de mon mari et de ma mère. Nous sommes tous retraités ; nous ne travaillons pas. Nous ne recevons aucune aide de qui que ce soit car nous n’avons ni enfants, ni sœurs, ni frères. Notre seule source de revenus est notre pension, et nous avons besoin de beaucoup de médicaments.


3° 9ème congrès mondial contre la peine de mort
A ce jour 124 pays sur 193 ont aboli la peine de mort. Du 29 juin au 3 juillet s’est tenu à Paris le 9ème Congrès Mondial contre la peine de mort. Un millier de participants (avocats, juges, parlementaires, ONG) venant de 130 pays ont échangé sur les stratégies à mettre en œuvre pour faire avancer la cause de l’abolition.
Bernard et Christophe y représentaient Vivere pour faire connaître notre action concernant les mineurs risquant la peine capitale, et pour diffuser le lettre que nous avons adressée à l’Ambassade d’Israël en Suisse le 17 avril dernier : non seulement Vivere partage la réprobation quasi-universelle de l’établissement de la peine de mort uniquement pour les Palestiniens suspectés de terrorisme, mais aussi sur le silence très inquiétant concernant le sort des mineurs (moins de 18 ans au moment des faits) dans la nouvelle loi adoptée par le Parlement israélien en mars dernier.
À l’ouverture du congrès, le ministre de la Justice du Liban a annoncé que son gouvernement a demandé au Parlement de voter l’abolition de la peine de mort dans ce pays. « Peut-être est-ce précisément parce que mon pays est en proie à la violence depuis si longtemps que cette détermination prend tout son sens (…) Le système judiciaire libanais ne devra plus décider d’ôter la vie. » Le gouvernement d’un pays qui subit une guerre qu’il n’a pas provoquée annonçant sa volonté d’abolir la peine de mort est un fait à souligner comme exceptionnel.
Dans son intervention le président Macron a attiré l’attention des congressistes sur le fait que le débat sur la peine de mort risque de réapparaître à l’occasion des prochaines échéances électorales dans la France de Robert Badinter.
Enfin il faut dire qu’un congrès de ce genre, sur un sujet pourtant pénible, est toujours l’occasion de rencontrer quantité de personnes remarquables dans leur militantisme, souvent au risque de leur vie et dans l’anonymat le plus total, aux quatre coins du monde. Ainsi, le témoignage bouleversant d’une Franco-Libanaise sur ses 5 ½ ans passés en prison, torturée et condamnée à mort, Paradoxalement, on en revient admiratif et encore plus motivé.
Site du Congrès : https://www.ecpm.org/2026/07/02/a-paris-le-9e-congres-mondial-contre-la-peine-de-mort-acte-de-nouvelles-avancees-pour-labolition/

Chères lectrices et chers lecteurs nous vous remercions de votre attention sur ce travail rendu possible par votre solidarité et votre générosité.
Le comité de Vivere